
Bryston Bi 200 – VuMetre
5 avril 2026Tsakiridis Aeolos Ultima — Un ampli européen
Il s’agit techniquement d’un montage relativement classique a priori, avec quatre tubes KT150 en push-pull et quatre tubes 12AT7 en préamplification, ce qui permet d’obtenir une très bonne linéarité ainsi qu’une puissance élevée à même de s’associer avec beaucoup d’enceintes.
Le câblage est entièrement réalisé à la main et en l’air, avec des soudures en argent. Par rapport au modèle inférieur, comme l’Ultra, les composants sont plus ambitieux. Il s’agit principalement des condensateurs de liaison et d’alimentation Mundorf, catégorie Supreme Silver Gold, ainsi que de transformateurs de sortie « 16 couches », jusqu’aux connecteurs WBT arrière de gamme supérieure.
L’ensemble de ces composants se retrouve habituellement sur des amplificateurs bien plus chers. Si le prix reste conséquent, cela s’explique notamment par un coût de main-d’œuvre globalement moins élevé qu’ailleurs.
Notons que cet ampli offre un avantage supplémentaire : il est également conçu pour être utilisé comme amplificateur casque, nécessitant dans ce cas une connectique spécifique ainsi qu’un dispositif dédié à la réduction du bruit.
Il est toujours un peu étonnant de constater comment une marque, qui fabrique une gamme assez riche d’amplificateurs depuis déjà trente-cinq ans, peut soudainement bénéficier d’un regain d’intérêt et apparaître comme exotique aux yeux de ceux qui la découvrent.
En réalité, la renommée de Tsakiridis en France est relativement récente. Elle s’est construite notamment grâce à plusieurs récompenses obtenues ces quatre ou cinq dernières années, mais aussi grâce au travail de certains revendeurs capables de dénicher de véritables pépites. Le magasin Staccato à Nantes, par exemple, en a fait avec succès un remplaçant de choix pour sa gamme Jolida.
Lorsque l’idée de tester l’Aeolos s’est présentée, sur les conseils de Stéphane Catauro (Mulidine), qui utilise une paire de blocs de la marque pour le développement de ses enceintes, l’appareil avait déjà été distingué, notamment par la revue Diapason. La pertinence d’un test supplémentaire pouvait donc être discutée.
Cependant, l’enthousiasme de l’importateur à son sujet nous a convaincus de considérer l’Aeolos Ultima comme un modèle à part entière. Et ce fut une excellente décision.
Philosophie
Le discours de la marque athénienne est particulièrement séduisant. À l’origine, il s’agissait d’un groupe d’amis passionnés qui concevaient les meilleurs amplificateurs possibles pour un cercle restreint, avec l’ambition affirmée d’un rapport qualité-prix imbattable.
Trois décennies plus tard, la gamme s’est étoffée et propose aujourd’hui trois modèles d’amplificateurs intégrés, ainsi que des blocs de puissance et des préamplificateurs. Chaque modèle peut évoluer selon plusieurs niveaux d’amélioration, jusqu’à atteindre une version sans compromis — celle que nous testons ici.
Description
L’Aeolos Ultima ne séduit pas immédiatement par son esthétique, relativement sobre et même un peu impersonnelle, loin des extravagances italiennes. Cependant, dès la prise en main, la qualité perçue rassure : la peinture texturée est sérieuse, le châssis inspire confiance, et l’ensemble apparaît plus valorisant en réalité qu’en photographie.
L’appareil affiche un poids conséquent, avoisinant les vingt kilogrammes, signe d’une construction solide et d’une conception sans concession.


Écoute
Cet Aeolos impose immédiatement une écoute attentive par son naturel et sa fluidité. La première session a lieu sur une paire de bibliothèques Mulidine Alma et l’Aeolos s’en sort immédiatement mieux qu’un concurrent sérieux à transistors en essai à ce moment-là. Disons-le, c’est un coup de cœur immédiat.
Sur « Cross My Mind » par Jill Scott, la phrase de piano du début est bien restituée avec la légère réverbération qui sculpte l’instrument dans l’espace. Le grave est percutant, ferme, on sent de l’énergie, mais surtout il est texturé. La scène est crédible et très structurée, ça « groove », et dès que l’on aborde des morceaux plus complexes, cet Aeolos révèle des raffinements, notamment une matière sur les cymbales d’André Ceccarelli dans l’album de Trio Sud, tout à fait euphorisants car traduits avec toute leur épaisseur harmonique.
L’essai sur les enceintes L5C d’EBM, d’un rendement supérieur, est un accord parfait. Nous commençons avec « Água e Vinho », un arrangement pour violoncelle de John-Henry Crawford : les légers pincés de cordes au début apparaissent dans une acoustique pleinement restituée avec un effet de profondeur excellent. Les écarts dynamiques sont rendus avec une grande sérénité.
À aucun moment nous n’avons été déçus dans nos attentes. Fait intéressant d’ailleurs, nous avons pris soin pendant les deux semaines de test d’alterner régulièrement entre Mastersound et Aeolos Ultima. Bien sûr, l’ensemble italien va plus loin, pour un prix cinq fois plus élevé, mais systématiquement, trente secondes après avoir rebranché le Tsakiridis, on oublie la comparaison tant cette version de l’Aeolos est convaincante dans sa capacité à délivrer une scène et des timbres crédibles, engageant pleinement dans la musique.
Son aptitude à restituer l’identité de chaque prise de son est remarquable. Cela entraîne chez l’audiophile une forme d’avidité gourmande, souvent révélatrice des grandes réussites. Si la voix de Cyrille Aimée dans « Nuit Blanche » (live) apparaît d’un naturel tel qu’elle ferait presque douter de certaines références à tubes 845, pourtant réputées pour leur expressivité vocale, c’est que cet Aeolos n’en fait jamais trop.
Notons enfin que l’importateur propose des pieds dédiés qui ont une incidence positive sur la restitution. Le principe est simple mais efficace : deux supports en liège à l’avant et une pointe en aluminium à l’arrière, dont le cœur est chargé de résine. Le résultat apporte un gain en lisibilité sans perte de matière ni de dynamique.
Dernier essai avec « Two For The Road » de Charlie Haden et Pat Metheny : les timbres sont riches, profonds, à la fois pleins et lisibles. La restitution possède du poids, de la profondeur et une échelle réaliste qui évoque un équilibre idéal. Difficile de rendre cet ampli.
Verdict
Nous gageons que la musicalité de cet Aeolos ne vous laissera pas indifférent. Allez l’écouter : il s’impose comme une référence incontournable dans sa gamme de prix. Sa restitution, proposée dans un silence de fonctionnement exemplaire, ainsi que sa capacité à révéler les moindres nuances du discours musical, donnent envie de découvrir le reste de la gamme de cette marque, qui mérite pleinement d’être reconnue en France comme une valeur sûre.
David Cayuela
Caractéristiques techniques
Origine : Grèce
Puissance : 2 x 70 Watts (4 x KT150, 4 x 12AT7)
- Condensateurs de signal Mundorf Supreme Silver Gold Oil
- Transformateurs de sortie à 16 couches soudées à l’argent
- Résistances de cathode et de grille de haute qualité
- Connecteurs de haut-parleur Nextgen WBT-0710
Dimensions (L x H x P) : 210 x 470 x 290 mm
Poids : 18 kg
Prix : 5 800 €




